lundi 11 février 2013

Nin-Jutsu / Le Bushido ou la Voie du Guerrier : Article 2[i]


La Voie ou le Do


La voie est le chemin qui conduit l’Humain sur la route de l’évolution.
La Voie débute par des principes comportementaux. C’est-à-dire que l’Humain cherche à respecter une étiquette de conduite qui exclut tous les débordements. En cherchant à se poser un cadre sévère, il recherche à mener une existence disciplinée qui peut ensuite évoluer en une « vie sainte ». En pacifiant sa nature instinctive et en la maîtrisant peu à peu, il se détache de sa nature passionnelle.
A ce stade, l’être humain s’aperçoit que la Voie est au milieu de ce monde composé d’opposés : jour-nuit, homme-femme, ciel-terre, force-faiblesse. Il entrevoit que sa vraie nature est au-delà du Tao, de la nature binaire. Il prend conscience que ce qu’il EST se manifeste par l’intermédiaire du Deux, l’opposition. Il comprend que son mental et son corps ne sont que les deux véhicules de quelque chose de plus profond : l’Âme.
En s’affranchissant de sa nature hormonale, il prend la mesure de sa personnalité, son Moi. Malheureusement, ce faisant, il tombe nez-à-nez avec un ennemi tenace : son propre ego. Cette composante qui lui fut essentielle en tant qu’enfant afin qu’il prenne conscience de sa propre individualité (ce qui lui permet de se séparer de sa mère entre autres) génère aussi le sentiment de séparation du Tout ou principe Unique générant la peur de la mort et l’angoisse de l’abandon chez l’être humain.
Cet ego qui s’aime lui-même et qui pense tout le temps à lui afin de se mettre en valeur (mettre en scène) peut être dissolu par les sentiments désintéressés et altruistes : l’étiquette devient un outil d’évolution et non plus simplement une possibilité de comportement social.
L’ego ne supporte pas le silence intérieur et entretient un dialogue constant. C’est lui qui génère le combat intérieur incessant de l’ange et du démon.
L’ego habite la moitié de l’Humain: sa personnalité. Celle-ci (Yin) s’oppose à l’Âme (Yang) sans même en être consciente et perçoit le monde au travers d’un voile d’illusions.
Le Budo n’est pas une religion[1] mais s’y apparente dans le sens où il cherche à relier le moi au Soi ; l’humain à son essence divine, la personnalité à l’âme.
Le but ultime est que la personnalité serve de véhicule d’expression de l’Âme : le vrai sens du service est celui-là. Le vrai sacrifice représente la renonciation volontaire aux plaisirs charnels afin de privilégier l’avènement du spirituel.




Au-delà du Tao


Le Principe Deux est le support à toute manifestation de vie dans l'Univers Créé. Tout être vivant, toute chose, toute matière hérite de la vie, via deux principes de polarité inverse mais de nature identique.
Le Principe Deux se manifeste par l'alternance cyclique :
·         La vie engendre la mort. Pour l'individu, mais aussi toute ses créations dans le monde physique: objets, structure sociales, religieuses ou politiques.
·         la pensée à double polarité (émotionnelle-rationnelle) du cerveau bicéphale.
·         Tous les cycles organiques internes.
·         L'effet boomerang, l'action-réaction de la science.
·         Les deux aspects ou facettes des êtres vivants, choses, ou matières.
·         La Triple opposition du corps physique :
·         gauche-droite
·         haut-bas
·         postérieur-antérieur
·         Les douze Méridiens Tendino-musculaires à double polarité (six méridiens Yin, six méridiens Yang). Ces douze étant opposables à douze Méridiens Profonds. Antennes externes des Cinq Éléments.
·         Les Cinq Éléments Yin et les Cinq Éléments Yang, représentant numériquement l'archétype de l’Humain Initié parvenu au Mariage Intérieur: chiffre 10 formé du 1, symbole du Principe Masculin et du 0, symbole du Principe Féminin, lesquels sont mis en action par les doux mouvements des cycles Chenn et Ko.
·         etc...

Le Principe Deux enferme en lui un potentiel énorme de création, à certaines conditions. À savoir que tout comme le Principe Un, l'harmonie entre les deux polarités génère la vie et l'entretien par le mouvement. Dans le contexte binaire, la fluctuabilité de qualité et de la quantité des Énergies polarisées est signe de la Vie en Marche.
Bien entendu la disharmonie détruit peu à peu la manifestation qui provient de la double opposition. Tout comme l'enfant souffre du conflit parental, nous souffrons de pathologies typiques lorsqu’un déséquilibre s'installe au niveau Yin-Yang. Les résoudre, c’est établir le dialogue avec l’autre.
L'acceptation des cycles de la vie n'est parfois pas facile mais elle représente la sagesse, « live and let live; live and let die » disait Sir McCartney dans une chanson. Par exemple, la mort est parfois inacceptable, mais celui qui l'a déjà vécu sait qu'accepter la mort c'est accepter la vie, accepter de continuer de vivre malgré la séparation physique d'un corps auprès duquel nous aimions être.
Accepter ce principe stimule merveilleusement notre adaptabilité. Lorsque nous acceptons les rythmes cycliques de la vie nous poussant d'un extrême à l'autre, nous renforçons notre centre. En évitant la rigidité (qu'elle soit mentale, affective ou physiologique d'ailleurs) nous évitons de rester gelé, comme sur le quai de la gare regardant le train de la vie s'éloigner. Cesser la résistance et accepter pleinement que la Vie nous veut du bien, qu'elle peut nous apprendre quelque chose tous les jours, permet sûrement de se sentir mieux, d'être au sommet de la vague lorsque celle-ci prend son essor plutôt que dans son creux.
Après une longue pratique méditative, la personne découvre sa respiration cyclique un peu comme le flux et le reflux de l’océan sur la plage. Tout comme les tempêtes atmosphériques agitent la mer, les tempêtes émotionnelles troublent l’être humain. Lorsque le pratiquant parvient à maintenir le calme et la sérénité, sa respiration et ses émotions s’estompent. Cela permet à celui qui a l’œil de voir au-delà du cycle habituel des incarnations voire d’en sortir…
Lorsqu’un pont est créé entre le soi et le moi, un troisième état transcende l’illusion enfin reconnue du Yin-Yang. Cet état est nommé « Buddhi » par les Bouddhistes et correspond symboliquement à l’ouverture du troisième œil.



Le vide ou le silence intérieur


Le vide est dans l’univers la principale composante en volume…comme dans l’Humain. Dans chaque atome il y a plus de vide que de matière. Aussi pragmatique que l’Humain veut être, il ne peut nier ce fait à priori étrange.
Le vide est le support sur quoi toute matière s’appuie pour se matérialiser. Le vide est là avant, pendant et après la matière. Que l’on parle de Dieu ou d’Esprit Unique, il « habite » le vide. Dans le Vide il y a le bien, le potentiel latent en attente.
Dans l’Humain, le Vide peut s’appréhender à partir du moment où le silence intérieur est atteint. Lorsque par la méditation, les vagues des émotions et les pensées fugaces s’estompent. Après un long travail assidu, le méditant atteint le silence intérieur et peut appréhender le vide.
Le contrôle des pulsions hormonales (besoins sexuels, alimentaires, etc.) et des émotions (peur, colère, angoisse, etc.) est appelé « mizu no Kokoro » (« avoir un esprit aussi clair et aussi calme que l’eau »). Comme le proverbe le dit « si tu veux observer la lune dans l’eau, il vaut mieux que la mer soit calme ». Le contrôle de toutes nos pulsions hormonales et comportementales ouvre la porte au travail spirituel et surtout conduit à la paix.



Mushin no Shin : « l’esprit sans esprit »


« Mushin no Shin » est un état d’esprit : traditionnellement les Maîtres l’appellent le « vrai esprit » en opposition à l’esprit « encombré », qui est la norme pour la plupart d’entre nous.
« Mushin no Shin » ne signifie pas devenir idiot ! Ce concept est très difficile à expliquer voilà pourquoi on le décrit via des petites phrases pleines de symbolisme comme par exemple :

Le Tao ne fait rien
Mais il n’y a rien que Tao ne fait pas

Quel est le bruit d'une seule main qui applaudit

Une journée, une vie

Lorsqu'il n'y a plus rien à faire, que faites-vous ?

Ce genre de phrase paradoxales, souvent utilisées dans le Bouddhisme Zen (les Koan), permettent d’appréhender des concepts inaccessibles autrement. Ce type d’enseignement est une méthode historiquement utilisée par tous les grands philosophes. Sans un travail préalable (méditation, travail sur les plan astral et mental), ces phrases ont de quoi déstabiliser n’importe qui. Par contre, pour un esprit préparé, elles ont un pouvoir énorme de remise en question positive. Les mystiques et les soufis, par exemple, travaillent avec le même type de symbolisme paradoxal pour résoudre l’énigme que pose l’esprit humain.
La particule « Mu » signifie le Vide (l’élément), dans le sens de la Quintessence (5 essences réunies en une) et non vide dans le sens « absence ». « Shin » veut dire Esprit. Donc « Mushin no Shin » est un état d’esprit supérieur à celui de l’humain lambda dont l’esprit part dans tous les sens dans une situation de stress. « Mushin no Shin » signifie garder son calme et Être pleinement sans se perdre dans le Faire ou le Paraître.
En combat, « Mushin no Shin » signifie devenir son adversaire et non le combattre. Être calme sans pour autant être mou, être vigilant sans perdre son détachement.

Penser à la non-réflexion, c’est déjà penser
Il faut plutôt ne pas penser à la non-réflexion du tout
Poème japonais



                                                                                     Jean-Christian Balmat
                                                                                     Fondateur de la Méthode



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[1] L’étymologie du terme religion est le terme latin « religare » qui signifie « relier ».




[i] Article : extrait du livre « L’Essence du Ninpo Nin-Jutsu ou le Principe d’Invisibilité » de Jean-Christian Balmat, en cours de publication.

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