dimanche 10 février 2013

Nin-Jutsu / Le Bushido ou la Voie du Guerrier : Article 1[i]


Dans le Japon médiéval, l’ensemble des arts martiaux était appelé « Bujutsu » : littéralement technique (ou méthode) militaire. Comme dans la société médiévale occidentale, chaque seigneur possédaient ses Bushis[1] (ses soldats ou guerriers) ou plus exactement ses Samouraïs qui s’entrainaient durement afin d’accéder à la maîtrise du combat. En effet, la société japonaise était, à cette époque, rythmée par les guerres incessantes entre les différents clans seigneuriaux. Les Samouraïs suivaient un entraînement extrêmement rigoureux visant à leur faire atteindre la perfection dans leur art.
Un samouraï n'ayant pas de rattachement à un clan ou à un daimyō (seigneur féodal) était appelé un rônin. Un samouraï qui était un vassal direct du shogun était appelé hatamoto.
Cependant, tous les soldats n'étaient pas samouraïs, ceux-ci constituant une élite équivalente en quelque sorte aux chevaliers européens. L'armée, à partir de la période Kamakura (période s’étendant de 1185 à 1333), reposait sur de larges troupes de fantassins de base nommés ashigaru et recrutés principalement parmi les paysans.


Musashi Miyamoto avec deux bokken, estampe de Utagawa Kuniyoshi, Wikipedia 2018




Les premières illustrations de techniques guerrières datent de cette époque et comme les moyens de transport et communications étaient moins développés. Chaque région ou même village possédait sa propre école de combat. D'où le foisonnement de style et d'écoles de guerre. Chaque école appelé « Ryu[2] », était dirigée par un maître[3] accompli dans l’un des nombreux Jutsu existants (combats à mains nues, escrime, archerie, etc.), qui était héritier de tous les secrets des techniques propres au Ryu[4].

Figure 22 Takeda Shingen, image Wikipédia


Contrairement à notre époque où les arts martiaux à mains nues sont les plus pratiqués, l’époque médiévale japonaise est caractérisée par les arts de guerre armés : sabre court et long, lance, hallebarde, arc, bâton, etc. Le but est pour certains de devenir expert d’une arme (archers par ex.) et pour d’autres de très bons « généralistes » excellant dans le maniement de plusieurs armes. Cependant on peut dire que les Samouraïs apprenaient en général le Kenjutsu, le Jujutsu, le Bajutsu et le Kyujutsu respectivement art du sabre, lutte, art équestre, tir à l'arc.
À cette époque, le combat à mains nues est l’ultime recours, utilisé dans le cas où le combattant est désarmé. Tous les Ryu avaient leur spécificité mais cherchaient avant tout une efficacité pratique : par exemple comme le confirmait Maître Ōtake Risuke Minamoto no Takeyuki, titulaire actuel du titre de Shihan (Maître instructeur) de la Tenshin Shōden Katori Shintō-ryū[5] : son école ne possède que 36 techniques à main nues qui correspondent à toutes les possibilités effectives d'attaques en armure sur un champ de bataille. Ce n’est qu’au début de l’ère Meiji, que le combat sans arme devint majoritaire.
Dès l’avènement de l’ère Meiji (vers 1898), la structure sociale changea brusquement : cette période représente la fin de la politique d'isolement volontaire appelée Sakoku[6] et le début de la politique de modernisation du Japon.
Une des principales mesures politiques a été l’abolition de la classe guerrière des samouraïs. Beaucoup d’entre eux choisirent de se reconvertir dans les affaires ou la politique. Du jour au lendemain, les techniques de guerre devinrent inutiles dans un pays fonctionnant comme une monarchie constitutionnelle. Alors que la classe guerrière avait dirigé le Japon féodal durant près de 700 ans, elle devait sans délai s’adapter à un régime de paix, elle qui était conçue pour des temps de guerre.
D’un « savoir-faire » utile pour défendre les terres du clan et en conquérir d’autres, le mode de vie de ces « Jutsu » devint désuet.


De la technique à la Voie


Cependant, profondément imprégnés et indissociables de la  spiritualité japonaise (Bouddhisme et Shintoïsme) ainsi que des cultures comme celles de l’Inde et la Chine dans lesquelles le Japon a puisé, les Bujutsu évoluèrent en Budo. Ces techniques qui furent vitales à la survie du clan devinrent dès 1898 des moyens permettant à l’homme de s’unir à son essence, à son Soi.
Dans les Bujutsu, la maîtrise technique était une fin en soi alors que dans les Budo la quête de la maîtrise technique permet de discipliner et de projeter toutes les émotions et les pensées afin de réaliser un but : l’alignement des trois corps, corps-âme-esprit.
Tout comme la guerre évolue selon des lois précises (dont la stratégie), le Samouraï suit à l’époque un code de l’honneur, la Voie du Guerrier ou Bushido[7] et valorise des valeurs telles que :
1.      Gi : la décision juste
2.      Yu : la bravoure, le courage
3.      Jin : la bienveillance
4.      Rei : le comportement juste
5.      Makoto : la sincérité
6.      Meiyo : l’honneur
7.      Chugi : la loyauté

De plus, des sentiments comme la fidélité au maître (et donc forcément à l’Empereur divinisé), le mépris de la douleur et le rite du seppuku furent portés à leur paroxysme.
Autant leur éducation visait à dominer leurs réactions instinctives dont la peur et la lâcheté qu’ils méprisaient, ce qui les rendaient extrêmement efficaces sur le champ de bataille, autant ils cultivaient les arts tels l’écriture, la calligraphie et la philosophie dans le privé. A l’image du fameux Miyamoto Musashi connu tout autant pour ses 60 duels victorieux que ses écrits et ses estampes.


                                                                                     Jean-Christian Balmat
                                                                                     Fondateur de la Méthode



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[1] Bushi (武士) est un terme d'origine chinoise signifiant littéralement « guerrier gentilhomme » en japonais.
Le terme apparait pour la première fois dans le livre d'histoire japonaise, Shoku Nihongi (続日本記) écrit sous l'ère Heian vers l'an 800.
Bushi et samouraï sont souvent confondus mais ils correspondent à des périodes et des fonctions différentes. À l'origine, bushi est le seul nom pour désigner les guerriers japonais.
Au XVIIe siècle, au début de la période Edo, les shoguns Tokugawa créent une hiérarchie sociale à quatre échelons surnommée « système shi-no-ko-sho » :
·         la noblesse guerrière (, shi = gentilhomme regroupé au sein de 武家, buke, littéralement « maison des guerriers »),
·         les paysans (, nô),
·         les artisans (, kô),
·         et les commerçants (, shô).

Les bushi les plus riches sont nommés daimyō. Ils sont entourés d'une troupe de guerriers serviteurs reconnaissables au fait qu'ils portent deux sabres (daisho). Ces guerriers serviteurs accompagnaient les daimyos lors des résidences alternées obligatoires (sankin-kotai) à la cour du shogun.
Le mot Samouraï provient du verbe sabouraü qui signifie « servir » ou « rester à côté de », lorsqu'il s'agit d'une personne importante. Le substantif du verbe sabouraü» est sabouraï qui est devenu « samouraï » vers le XVIe siècle. Depuis cette époque, le terme « samouraï » est utilisé pour nommer les différents types de guerriers appliquant le code bushido.
Le bushi se distingue donc du samouraï par son appartenance à la classe supérieure des guerriers. Note extraite de Wikipédia
[2] Les anciens Ryu toujours actif à l’heure actuelle se nomment les « Koryu ».
[3] A l’intérieur des Dojo, une hiérarchie stricte était respectée :

[4] L’ensemble de ces techniques étaient consignées en rouleaux appelé Makimonos, conservés dans un temple shintoïste et honorés au cours de cérémonie durant lesquelles des démonstrations de la technique avaient lieu.
[5] R. Otake, Le sabre et le divin. Héritage spirituel de la Tenshin Shoden Katori Shinto Ryu, Paris, Budo Editions, 2002
[6] Avant l'ère Meiji, le Japon était un pays fermé. Entrer ou revenir dans l'archipel, sans autorisation expresse, était puni de mort immédiate, ceci était valable autant pour les Japonais que pour tout étranger. Cet état de chose appelé « Sakoku » a donné au Japon 250 ans de paix intérieure. Cela a permis d’affiner et de perfectionner les arts, mais aussi, tout doucement, à les scléroser. Note extraite de Wikipédia
[7] A ce sujet je vous suggère le livre « Bushido, l’âme du Japon » d’Inazo Nitobe.



[i] Article : extrait du livre « L’Essence du Ninpo Nin-Jutsu ou le Principe d’Invisibilité » de Jean-Christian Balmat, en cours de publication.

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