vendredi 11 février 2011

Nin-Jutsu: Ce que l'histoire nous dit


 L'histoire officielle des Ninjas est connue : ils habitaient généralement Koga et Iga, provinces voisines situées à côté de Kyoto. Ces deux provinces avaient la grande particularité d'être indépendantes, sans daimyo[1]. Les Ninjas avaient une grande liberté de mouvement que n'avaient pas les Bushis (ou samouraïs) soumis au Bushido (code de l'honneur du Bushi). Ils purent donc développer des techniques de guerre peu orthodoxes : espionnage, guérilla, embuscades, assassinats. N'étant pas subordonnés aux grandes familles, celles-ci les utilisaient pour leurs basses besognes (pillages, assassinats). Une de leur grande spécialité était de s'introduire de nuit, dans les châteaux et camps militaires et d'allumer un incendie, afin de faciliter l'assaut par des troupes classiques. Ils adoptaient généralement la même tenue que leurs adversaires (et donc pas toujours le noir !).

Les Ninjas étaient donc sûrement une communauté de troupes, formées entre le VIIIe et le IXe siècle et de bushis sans seigneurs (rônin), réfugiés dans la région d'Iga et Koga.

Déracinés et vaincus, ils développèrent des techniques de survie dans ces contrées sauvages, ainsi que des techniques de combat ayant sûrement subit des influences diverses :
  • des pirates de la région de Kumano à qui ils doivent leurs techniques de grappin.
  • des yamabushis[2], ascètes vivant dans les montagnes, pratiquant le shugendo (pratiques d'ascèses)
  • des moines bouddhistes dont certains pratiquaient le shingon[3], bouddhisme ésotérique japonais.
  • des hinin (sortes d'intouchables japonais), personnes de basse condition sociale utilisées pour des tâches jugées impures, notamment en relation avec le sang et le cuir.

Ce fut là un creuset unique dans lequel un bugei[4] original et surtout libre de l'influence d'un quelconque seigneur, se développa. D'un côté, les apports conjoints de marginaux et de hors caste (Hinin en japonais, « non humain » en français !?) apportèrent sûrement un vent de liberté de penser dans cet îlot entouré par un pays dont le système politico-religieux de castes, interdisait pratiquement toute spontanéité à ses citoyens. D'autre part, les yamabushis et les moines leur ont apporté la rigueur du bouddhisme ésotérique et de ses pratiques ascétiques, amenant la maîtrise de pouvoirs perçus comme surnaturels. De plus, des influences culturelles chinoises sont avérées. Dans ce milieu s'est donc développé un art tout à fait original. Tirant leur force de leur faiblesse, les fondateurs basèrent leur art en ne tenant pas compte des limitations du Bushido. Les Ninjas étaient peu nombreux, faiblement armés. Soit ! Ils allaient feinter, se cacher, se déguiser. De par leur nombre restreint et leur spécialisation, ils allaient devenir indispensables aux seigneurs qui achetaient leur service.

Ces Daimyô (seigneurs féodaux) les utilisèrent dans leurs guerres de clans, malgré le fait qu'ils ne respectaient pas le Bushido, afin d'effectuer tout ce que justement, ce fameux code interdisait.

Leur efficacité causa aussi leur perte. En 1579, les troupes de Nobunaga Oda soumirent par la force les provinces d'Iga et de Koga. Les familles de Ninjas furent, pour la plupart, massacrées.

Je vous épargne l'étalage des histoires, légendes et mythes, ceci n'étant pas le sujet de cet ouvrage. Je renvoie pour cela aux auteurs qui l'ont très bien fait par le passé.




  
                                                                                     Jean-Christian Balmat



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[1]     Seigneur féodal.
[2]    Traduction: guerriers de la montagne
[3]     Une école bouddhiste vajrayana* japonaise, fondée au VIIIe siècle par le moine Kukai. Son idéal se résume dans la phrase « Sokushin-Joboutsu », devenir bouddha dans cette vie avec ce corps. C'est en purifiant le cœur de ses passions parasites, en cultivant modestie, simplicité, pureté, concentration qu'il devient possible d'exprimer avec naturel notre bouddhéité. A noter que l'Ecole Tendai fondée par Saichô, ayant reçu des initiations de Kukai, fut de tout temps une puissante lignée du bouddhisme ésotérique japonais.
      * Bouddhisme Vajrayana(yana= « véhicule »et vajra= « diamant ») ou Bouddhisme Tantrique, mizong en chinois et mikkyo en japonais
[4]     Bugei: ensemble de techniques martiales guerrières ayant pour seul but l'efficacité sur le champ de bataille. Les Bugei donnèrent au début du 20e siècle les Budo.

Extrait de : " L’Essence du Nin-Jutsu ou le Principe d'Invisibilité" de JC Balmat

2 commentaires:

  1. Merci pour ces textes très intéressants. Petite questions: les ninjas faisait ces taches dans un but positif (volonté de révolte, faire tomber les seigneurs)? Car je ne peux croire qu'ils n'étaient que de vulgaires assassins! Ils pratiquaient des techniques ésotériques de haut niveau, ils pratiquaient le bouddhisme, mais dans un but évolutif, comme nous le faisons aujourd'hui ou le faisait-il simplement pour devenir de supers guerriers et ainsi survivre aux attaques des autres clans? Merci d'avance pour ta réponse.

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  2. Il faut le voir différemment: les Ninjas sont issus d'un "creuset culturel" dans lequel ils furent mis en contact avec des connaissances particulières, dont le Mikkyo, qu'ils ont inclus dans une pratique martiale particulière.

    Car ils ne vivaient pas en terrain conquis!! Entourés de puissants seigneurs de guerre.
    Leur pratique ou jutsu, a composé avec leur position stratégique faible en développant un art martial original à plus d'un titre. Voilà pourquoi ils érigèrent en art la guérilla et l'attaque ponctuelle en face de Bushis habitués au combat en bonne ordre. Histoire d'adaptation au milieu...

    Autant les samouraïs étaient fières, tenus à respecter une étiquette très précise (le Bushido) autant, de par leur situation, les Ninjas ont développé une stratégie basé sur la culture de la discrétion et de la dissimulation. Tout autant que n'importe quel Bugei le Nin-Jutsu a eu parmi ses membres des gens assimilables à des simples voyous, ni plus ni moins. Ils vivaient durant une époque très tourmentés du Japon où les guerres entre clans ne s'arrêtaient jamais.

    Par contre, le Ninpo est comme tout Budo, est éliminatoire d'ego. Atteint un certain niveau de pratique tous les chemins (Ryu) se rejoignent à l'approche du sommet.

    L'avancement sur la Voie élimine dans tous domaines les comportement excessifs et négatifs. Le Ninpo est l'Art de l'Invisibilité et une Voie (parmi d'autres) de réalisation de Soi.

    La technique dépourvu d'éthique dans le domaine martiale a été, est et restera un domaine empli de violence prête à jaillir à chaque instant, peut importe le contexte et l'époque. Travailler à maîtriser ses émotions et ses pensées, afin de se réaliser soi-même est une longue route au bout de laquelle règne la paix, qualité qui est le principe supérieur des Budos traditionnels.

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